Un projet Labex Arts H2H
 
Penser la critique avec Pasolini
Laboratoire de recherche pluridisciplinaire

15.04.2015 Audrey Guttman et Julie Paquette

Mercredi 15 avril. 18h-20h

Université Paris 8. Bâtiment A. Salle de projection (A1 181)

Entrée libre dans la limite des places disponibles
  • Audrey Guttman est diplômée de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) et de Sciences Po Paris. Ses recherches portent sur Pier Paolo Pasolini, particulièrement la dialectique passion-critique dans ses essais littéraires. Elle prépare actuellement un essai inspiré par sa confrontation avec l’oeuvre pasolinienne. Elle a récemment édité le catalogue Artisti per la libertà, 25 anni della caduta del muro di Berlino (2014).

 

  • Docteure en Science politique de l’Université d’Ottawa (2012), Julie Paquette a complété un post doctorat sur Pier Paolo Pasolini et la question du nouveau fascisme (2014). Elle enseigne la science politique, la philosophie et l’éthique à Ottawa et à Montréal. Elle a notamment publié des articles autour de la pensée du Marquis et de Sade et de Pier Paolo Pasolini (Magazine littéraire, Annuaire théâtral, Revue Hors Champs, Revue Phares).
Programme

Audrey Guttman : Le corps critique : figures du corps dans la critique littéraire de Pasolini

« Il y a des choses - même les plus abstraites ou spirituelles - que l’on ne vit qu’à travers le corps.» Ce que Pasolini écrit dans Petrolio, il le met en acte dans sa critique littéraire, monumental corpus lui-même jalonné de multiples corps: celui, tremblant, du poète, caisse de résonance de la littérature; et celui, haletant, du lecteur devant l’oeuvre. Celui de l’écrivain, individu « de chair et d’os », et son alter ego incarné dans le style, le corps d’écriture. Qu’est-ce que critiquer avec le corps? Si la littérature est une expérience vitale, que le poète vit au plus profond de ses «viscères obscures», l’opération critique s’approche d’un corps-à-corps, où Pasolini emprunte le corps d’autres écrivains pour éprouver les contours du sien. Y puiser la vérité d’une lecture - acte sensuel autant que spirituel - serait ainsi une manière de contourner l’aporie de la critique, qui condamne l’exégète à faire des « descriptions de descriptions ».

Julie Paquette : Les « nouvelles alliances » passées au crible de la poétique pasolinienne. Essai d’actualisation d’une pensée critique du politique

« Toute critique pasolinienne de la politique est d’abord [...] une chronique politique de son propre corps » Hervé Joubert-Laurencin, « Avec toi, contre toi, Pasolini », 2003.

 critique pasolinienne du politique s’articule autour de la notion du nouveau fascisme; cette forme inédite met en scène une société basée sur une contestation permanente mais superficielle qui, en trame de fond, engendre un conformisme plus pernicieux et plus profond que ne l’avait fait le fascisme d’un Benito Mussolini. Dans cette présentation, nous tâcherons d’actualiser la pensée critique du politique développée par Pier Paolo Pasolini. Cela impliquera d’interroger d’abord les récupérations de la critique pasolinienne dans lesquelles nous décelons une certaine volonté de faire passer le cadavre de Pasolini du côté de la défense de l’ordre et même parfois, d’un certain conservatisme. Puis, nous exposerons les dispositifs contemporains permettant la réitération renouvelée d’un nouveau fascisme, c’est-à-dire de ces dispositifs qui permettent à cette fausse tolérance et à ce conformisme de l’anticonformisme de se maintenir, voire même de se déployer avec encore plus d’acuité et de persistance qu’à l’époque de Pasolini. Porcherie (1969) et Salò (1975) seront nommés à la barre, comme témoignages inactuels de la farce à laquelle participent les élites, déployant une capacité sans limite de digestion des forces scandaleuses. 

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